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Baléares : Randonnée à Majorque

«l'autre Majorque»

 
 

 

1- Où est-ce ?

Au large de Valence (València), dans l'archipel des Baléares, l'île de Majorque (Majorque) est la plus vaste. D'où son nom.
Minorque (Menorca) et Ibissa (Eivissa) ont un intérêt nettement moindre quant à la randonnée pédestre, sans parler de Formentera et des îles Pitiüses, domaine des amoureux de la mer.

 

En effet, l'île de Majorque, qui est grande comme un département français, possède 2 massifs montagneux entièrement calcaires. La Serra de Tramuntana, comme son nom l'indique, est exposée au Nord Ouest et culmine à 1445 m. A l'opposé, la Serra de Llevant, exposée au Sud Est, n'atteint pas les 600m.
Entre ces deux massifs, s'étend une vaste dépression argileuse où se concentre la plus grande partie de la population sédentaire ou touristique. C'est là qui se situent les villes et stations balnéaires de Palma de Majorque et Alcúdia, mais aussi les villes moyennes comme Inca.

 

Il peut d'ailleurs paraître surprenant de présenter Majorque comme une destination de randonnée, tant l'image d'un tourisme balnéaire de masse est associée à l'île. Impossible de nier la triste réalité d'un tourisme passif, surconsommateur d'espaces et d'eau, né à la fin de la dictature franquiste du besoin d'apporter des devises à une Espagne à bout de souffle.
Pourtant, il existe une autre forme de tourisme qui se développe de plus en plus sur l'île de Majorque et qui touche un public d'Allemands, de Britanniques mais aussi de Français qui parcourent la Serra de Tramuntana à pied pour découvrir « l'autre Majorque ».

 

« L'autre Majorque » existe depuis des siècles, voire des millénaires.
Sur la Serra de Tramuntana où l'aménagement touristique contemporain est plus difficile à mettre en oeuvre, les traces des premiers aménageurs de l'île sont bien visibles : murettes en pierre sèche, téméraires chemins muletiers aux profils suaves, itinéraires surplombants par d'impressionnantes corniches, réseau de drainage des eaux de pluie, culture de l'olivier, du caroubier ou des agrumes, etc... tout un génie rural accumulé de l'antiquité à nos jours grâce aux romains, aux musulmans et aux rois catalans du Moyen Âge.
Ajoutons à cela un système agraire basé sur la très grande propriété (les Latifundiae), comme en Amérique du Sud et nous avons tous les ingrédients pour que des siècles d'agropastoralisme laissent des traces indélébiles dans les paysages. En somme, tout ce qu'il faut pour ravir les randonneurs.

 

 

TOPOS

Depuis quelques années, les topos de randonnée fleurissent. Aussi bien en Catalan, Anglais, Allemand qu'en Castillan. Peu de publications sont rédigées en Français. Cela est le signe de l'engouement des randonneurs natifs des pays nordiques pour cette contrée qu'ils voient à présent comme un intéressant espace de randonnée et non plus comme un lieu de villégiature et de bronzage.
Sur place, les maisons de la presse ( à Valldemossa, Sóller, Port de Sóller, Pollença, Palma, Lluc, etc...) diffusent pas mal de titres.

 

CARTOGRAPHIE

Même après la sombre ère franquiste qui a pris fin en 1975, la cartographie de l'île était imprécise et assez peu actualisée.
De nos jours, des cartes topographiques de différentes qualité existent. Elles sont suffisantes pour randonner à pied à condition de savoir les lire et s'orienter.


- « Mallorca North & Mountains – Tour & Trail Map » de David BRAWN : carte à l'échelle 1/40 000°, un peu déroutante pour un français. Moins de 12 euros. Un topo rédigé en anglais à acheter en sus propose des randonnées. Il n'est pas très pratique car les itinéraires décrits sont parfois un peu « limite » bien que la publication regorge d'informations.
- Série de carte + topo : « Mapa – Guia excursionista » editorial Alpina : carte et topo guide en Catalan, Castillan, Allemand, Anglais. Echelle 1/25 000° facile à lire et utiliser sur le terrain. Elle se décline en 3 volumes : Mallorca Tramuntana Nord, Centre et Sud.
Notez que cette carte accompagnée de son topo peut s'avérer largement suffisante pour un séjour d'une semaine. Prévoir d'acheter les 3 à 12 euros pièce pour une découverte complète du massif.

2- Quand y aller ?

A part que vous ne souhaitiez à tout prix revivre l'ambiance humide du séjour de George Sand et Chopin à Valldemossa relaté dans « Un hiver à Majorque », évitez novembre, décembre, janvier et février. Les jours sont courts, les nuits froides. La pluie est souvent présente, voire la neige sur les sommets à plus de 1000m. Ne dit-on pas que cet hiver à Majorque inspirà à Chopin un prélude intitulé « Prélude la goutte d'eau ». Une petite merveille dans laquelle on croit entendre assez nettement le rythme régulier des gouttes de pluie. Tout un programme...

De même, évitez l'île entre la mi-juin et la mi-septembre car la chaleur ne permet guère de randonner. Et en plus les orangers ne sont ni en fleur ni en fruits à cette époque.

 

En revanche, dès la mi-septembre et jusqu'à début novembre, si vous venez du Nord, vous apprécierez les soleils automnaux, les parfums sucrés des caroubiers, les lumières rasantes qui éclairent de vert lumineux les champs, les belles terres labourées ocre rouge, les baignades dans la mer encore chaude de l'été.


Au printemps, lorsque le temps sera stable, le soleil sera déjà chaud, les orangers embaumeront et resplendiront de leurs fruits magnifiques, l'asphodèle accompagnera vos pas, les abeilles s'enivreront des pollens chargés des cistes. Mais les caprices du climat sont plus nombreux au printemps qu'en automne.


Toute l'année, le vent sera présent. Rafraichissant et trompeur lors des chaudes journées, glacial et violent les jours froids. 300 jours par an en moyenne, il sera de la partie. Programmez vos itinéraires en conséquence...

3- Les 3 grandes zones de randonnée

Les zones de randonnées de Majorque
Sur la Serra de Tramuntana, nous vous conseillons 3 grandes zones de randonnée pour leur intérêt et leur accessibilit.


1. Sanctuaire de Lluc et environs : au Nord du village d'Inca, une route sinueuse grimpe au sanctuaire d'où il est possible de réaliser quelques belles randonnées, sans même parfois prendre la voiture pour rejoindre le point de départ.


Es Camí Vell de Lluc : cet itinéraire démarre au Coll de Sa Batalla et descend au village voisin de Caimari par un sentier très largement empierré et soigneusement entretenu par les pouvoirs publics.
La vue porte parfois jusqu'à la mer que l'on devine au loin dans la Badia d'Alcúdia.
Volta d'es Puig Roig : la propriété privée de Mossa couvre à elle seule une montagne à la couleur rouge et son piémont. Au départ de la ferme de Mossa en bordure de route, un hardi chemin de corniche monte au Coll d'ets Ases d'où il se poursuit carrément au-dessus de la mer, domine au loin la fameuse crique de Sa Calobra et rejoint l'étonnante habitation troglodyte d'Es Cosconar. Une piste rejoint le sanctuaire de Lluc au milieu des oliveraies.
IMPORTANT : une randonnée 100% en terrain privé qui ne peux être réalisée que le dimanche sous peine de poursuites.
Puig Tomir : de Lluc, on rejoint la source de Binofaldó pour grimper à l'assaut de ce sommet de plus de 1000m. La vue embrasse presque la totalité de l'île et révèle la beauté des baies voisines de Pollença et d'Alcúdia.
Une randonnée avec des passages assez sécurisés en rochers mais tout de même déconseillés aux personnes sensibles au vertige. A éviter pour tous les jours de pluie et même les jours de vent.
Puig de Massanella : les forces armées ayant interdit l'accès public au Puig Major où des radars de l'OTAN sont disgracieusement implantés, le Puig de Massanella en bon second pour les altitudes est devenu le sommet le plus haut des Baléares, tout au moins accessible aux randonneurs.
Son ascension comporte un dénivelé positif de près de 1000m et traverse une propriété privée. Un droit de passage est donc demandé aux randonneurs au motif que l'accès par cet espace privé est maintenu aux frais du propriétaire des lieux. Compter 4 euros par personne.


2. Sóller : cette partie de l'île jouit d'un climat très doux comme en témoigne l'extension de la culture des agrumes. Orangers et citronniers embaument près de 10 mois sur 12 dans la baie de Sóller où l'eau douce ne fait même pas défaut.


De Cala Tuent au Port de Sóller : cette randonnée démarre à proximité d'une crique aux eaux d'un bleu cristallin. Elle suit la côte Nord, passe un petit col et atteint la ferme de Bàlix d'Avall, vieille de plus de 5 siècles. Bordé d'oliviers presque aussi vieux que lui, le chemin permet de descendre jusqu'au Port de Sóller.
Es Barranc de Biniaraix : on dit « El Barranc », comme s'il n'y en avait qu'un seul. C'est dire s'il s'agit là d'un site majeur de l'Île ! Il est parcouru par un incroyable sentier empierré grâce auquel on atteint le pied de l'Ofre ou le lac artificiel de Cúber. Une randonnée qui nous emporte entre orangers et oliviers aux temps des musulmans et de Jacques le Conquérant.
Randonnée urbaine entre Sóller, Biniaraix et Fornalutx : c'est la randonnée des parfums d'agrumes qui démarre dans les rues de Sóller pour se rendre dans les villages voisins par de petites routes entre orangers et citronniers.
Déia : le village de Déia avec sa crique est un bijou. A tel point que, plus que partout ailleurs dans la Serra de Tramuntane, la spéculation immobilière rend la pratique de la randonnée très compliquée en fermant arbitrairement certains accès pédestres.


3. Valldemossa : Entre Sóller et Palma, le village de Valldemossa doit sa célébrité à sa fréquentation par quelques personnages qui y séjournèrent dans le courant de XIX° siècle.
George Sand y passa un hiver en compagnie de Chopin. L'Archiduc Luís Salvador devint le protecteur de la ville et de ses environs et y apporta de superbes aménagements.


Es Camí de s'Arxiduc : accessible à pied de Valldemossa même, ce chemin circule, tel un funambule, sur les falaises qui surplombent les merveilleux sites de Déia, Sa Foradada et Valldemossa. Un itinéraire créé à la demande de l'aristocrate amoureux des terres mallorquines et de la randonnée pédestre.

4- Les paysages de « l'autre Majorque »

En toutes saisons, vos randonnées sur le Serra de Tramuntana se déroulement dans des ambiances pastel : sols calcaires gris à beige, oliveraies et chênaies aux feuillages vert doux, sols labourés ocres, maisons au crépis légèrement rosé.
Contrastant fortement avec ces douces teintes, l'orange et le jaune éclatant des agrumes, l'herbe d'un vert lumineux et bien sûr la mer bleue donneront la touche mallorquine aux paysages.
Seul le rouge semble totalement absent de la palette des couleurs.

 

Le chêne vert et le pin peuplent les versants de la Serra de Tramuntana alors que les sommets, exposés aux vents et aux ardeurs du soleil, se couvrent de ciste et de genêts.
Les dépressions qui séparent les grands mouvements de terrain sont elles moins sèches et permettent la culture de l'olivier principalement, mais aussi du caroubier. Les agrumes (orangers, citronniers et plus rarement mandariniers ou pamplemoussiers) poussent tout particulièrement sur la côte Nord Ouest à Sóller et Déia. Plus résistant, l'olivier est capable de monter à l'assaut des massifs, sans toutefois concurrencer ni le chêne ni les résineux.
Sur ce point, Mallorca illustre parfaitement ce que sont les paysages méditerranéens types.

En revanche, la force de cette île réside dans la qualité et la durabilité des aménagements ruraux que l'on sait remonter au XIII° siècle, c'est à dire à la conquête de Mallorca par Jacques le Conquérant.


Jusqu'à fort récemment, l'île souffrait de problèmes de communication y compris à l'intérieur même d'une unité géographique comme la Serra de Tramuntana.
Depuis toujours, les mallorquins avaient donc l'impérieuse nécessité de réaliser et entretenir un réseau de voies de communications rurales permettant tant aux personnes qu'aux biens de se déplacer.
Les grandes catégories traditionnelles de voies rurales sont encore bien visibles et fonctionnelles. Elles sont intégralement réalisées avec le matériau lithique calcaire local et entièrement à sec :
les « camins de carros » destinés aux attelages étaient régulièrement pavés avec des pierres retaillées pour approcher une quasi perfection d'ajustement. De petits rebords surélevés en pierre également permettaient de conserver l'attelage dans l'axe de la voie.
Les « camins de ferradura » destinés aux piétons et surtout aux animaux de bât étaient revêtus plus grossièrement.


Hormis les ascensions à des pics, les itinéraires que nous vous conseillons se déroulent sur ce genre de chemins empierrés dont certain sont la fierté des mallorquins. Par exemple, Es Camí de s'Arxiduc, réalisé à la demande du prince. D'autres, moins artificiels et véritablement inscrits dans les pratiques agropastorales, existent encore et sont un régal pour les randonneurs (Camí d'Es Barranc).


Toutefois la Serra de Tramuntana n'est pas un lieu de promenade. Les randonnées peuvent y être engagées. Il est en effet possible d'accéder à des lieux très sauvages par aucun deux types de voies évoquées plus haut, mais par des chemins piétons sur lesquels il pourrait être dangereux de faire passer un animal et impossible de convoyer un attelage. Malgré leur exiguïté, ces chemins sont stupéfiants d'ingéniosité, de fiabilité et de robustesse, comme par exemple le chemin qui conduit à Es Coll d'Ets Ases, dans le Puig Roig. Il est littéralement posé sur une corniche rocheuse au milieu d'une falaise et ne tient que par ce qu'il a été soutenu et bâti pierre par pierre.

Dans les années 1980, les mallorquins ont pris conscience de la qualité inestimable de leur patrimoine bâti rural. Ils ont donc créé une institution capable de l'entretenir, le conserver et le protéger.


« L'escola de margers » rassemble des professionnels qui s'activent régulièrement sur les espaces ruraux, afin d'y perpétuer l'âme des anciens aménageurs.
Leur action concerne bien évidemment les chemins, mais aussi les murs, les ouvrages hydrauliques, les cabanes et les terrasses. Soit tous les éléments qui font que Mallorca reste une terre incomparable en Méditerranée.

 

Autre particularité de l'île et surtout de la Serra de Tramuntana, le bâti destiné aux habitations, qu'il soit ancien ou récent, conserve une homogénéité architecturale assez impressionnante. Cela est dû à l'utilisation d'une palette de couleurs des enduits de façade nettement plus restreinte qu'en France et au recours à la pierre locale pratiquement toujours de la même couleur. Idem pour les formes, les volumes, les ouvertures, les couvertures.
Notez au passage que nombre de biens immobiliers de taille raisonnable se vendent ici plusieurs millions d'euros...

5- Bon à savoir pour préparer votre séjour

Orientation et sécurité

Randonner à Majorque ne constitue en rien une promenade de santé à la portée de tout un chacun.
Comme dans d'autres massifs calcaires tels le Vercors, il n'est pas envisageable d'improviser un itinéraire à travers la montagne ou la forêt pour raccourcir un itinéraire balisé ou même en cas de perte de l'itinéraire.
Des mouvements de terrain très violents donnent des barres rocheuses infranchissables sans équipement autant à la montée qu'à la descente. Leur partie verticale ou sub-verticale peut atteindre des dizaines voire des centaines de mètres de hauteur, sous la forme de falaises ou de canyons.
De même, la végétation peut largement masquer le relief et rendre les progressions lentes, difficiles et risquées.
Autant de réalités à prendre en considération lorsque l'on se déplace avec des randonneurs peu aguerris ou bien en automne, époque à laquelle la durée du jour est plus courte qu'au printemps.

 

Balisage
Depuis le début les années 2000, les pouvoirs publics ont balisé 2 chemins de Grande Randonnée ™ numérotés 221 et 222. Ils sont linéaires et ne permettent donc pas de réaliser des boucles.
Les suivre partiellement est très agréable car le balisage a été installé de manière assez exemplaire. Juste quand il le faut. Il est constitué de piquets de bois d'environ 1 m de haut de section carrée sculptés de flèches directionnelles afin de donner la direction à suivre aux randonneurs venant dans le deux sens de déplacement. Aux croisements importants, des panneaux indiquent les destinations et les durées restantes de manière très fiable.


Des balisages de sentiers de Petite Randonnée™ sont prévus et seraient les bienvenus. En effet, en dehors des sentiers muletiers ou de charroi décrits plus haut, il existe une foule d'itinéraires anciens ou récents destinés uniquement aux humains. Très souvent judicieusement dessinés pour permettre le passage simple d'accidents de terrain infranchissables, il ne sont balisés que par de petits points de peinture (rouge la plupart du temps) ou par les traditionnels cairns. Ils pourraient constituer de véritables chemins de Petite Randonnée™, comme cela existe partout ailleurs en Europe si une attention plus importante était apportée à ce balisage. Il semble que les pouvoirs publics aient planifié ce balisage. Il est très attendu.

 

Droit

Le régime agraire de latifundia que nous avons décrit au 1° chapitre a certes préservé les espaces agricoles mais reste une contrainte pour les randonneurs. Une partie de la Serra de Tramuntana est donc privée. Depuis de nombreuses années, les pouvoirs publics et les associations mallorquines représentatives de randonneurs ont négocié avec les propriétaires terriens pour qu'ils acceptent le passage de randonneurs sur leurs exploitations.
Cela donne parfois des restrictions comme par exemple sur la propriété de Mossa qui contient à elle seule le Puig Roig et son piémont. Il n'est possible d'y randonner que le dimanche.
Le non respect de cette règle peut générer des conflits avec le propriétaire et ses gardes, si ce n'est avec les chiens de garde avec lesquels il est encore plus difficile de négocier.
Un élément à prendre en considération lorsque l'on planifie des randonnées, même en bordure de ces terres privées. Pour l'anecdote, ayant décidé de réaliser une randonnée un jeudi à proximité de Mossa, des difficultés à trouver notre itinéraire nous ont contraint à nous rendre à pied à la ferme privée pour rejoindre la route. Bien qu'en totale infraction, cela s'est miraculeusement bien terminé car les chiens étaient ailleurs. D'autres collègues accompagnateurs ont eux été accueillis par des hommes en arme...
Lorsque les terrains privés sont moins vastes, sans rien négocier du tout, le propriétaire peut également décider d'en empêcher l'accès aux pratiquants des activités de pleine nature (randonneurs, vététistes, etc...). Cela se produit de plus en plus autour du village de Déia où la spéculation immobilière ne favorise en rien l'ouverture ni des esprits ni des espaces.


A mi-chemin entre ces deux situations, un propriétaire entretenant à ses frais des sentiers ou des pistes forestières peut exiger le paiement par les usagers d'un droit de passage. Cela est une pratique répandue en Norvège par exemple pour les routes carrossables mais qui reste assez nouvelle à Mallorca. Ainsi, vous devrez vous acquitter du paiement de quelques euros par personne pour accéder au Puig de Massanella.
Il y a fort à craindre que cela ne se développe sur l'île compte-tenu de l'engouement croissant pour la randonnée.
Au sanctuaire de Lluc, un centre d'informations sur la Serra de Tramuntana peut vous renseigner sur cette problématique ainsi que sur d'autres aspects pratiques.

 

Ravitaillement en eau
Sur ces terrains calcaires le ravitaillement en eau peut devenir un vrai problème. Retenez toutefois que les massifs karstiques contiennent d'énormes quantités d'eau souvent peu accessibles.


Depuis des millénaires, les habitants de l'île ont déployé des trésors d'ingéniosité pour capter le moindre écoulement, le canaliser, puisque « ce sont les petits cours d'eau qui font les grandes rivières ». Grandes rivières d'ailleurs totalement absentes de l'île...
La plupart des randonnées passent à proximité de sources d'eau potable si ce n'est devant des usines d'embouteillage d'eau de source (Binifaldó). Il est donc parfois possible de se réapprovisionner en cours de route. Toutefois, nous vous conseillons de ne consommer que des eaux courantes sortant de la roche dans des sources visiblement aménagées et surtout d'emporter 1,5 à 2 litres d'eau par personne.


Pour ce qui est des eaux en bassin, elles sont nombreuses mais doivent être laissées à la consommation des ovins, caprins et bovins de l'île, fort nombreux sur la Serra de Tramuntana et potentiellement porteurs de maladies telles que les douves du foie.


Quelle que soit l'origine de votre eau, consommez-en abondamment car l'exposition au soleil et l'irrégularité des terrains sollicite intensément vos tendons. Un apport régulier en eau en assurera un meilleur fonctionnement.

6- Logistique

Langue
Si vous êtes grand et possédez une chevelure claire, il est fort possible que les commerçants vous abordent directement en allemand dans les magasins de Palma de Mallorca.
Vous l'aurez compris, l'île s'est adaptée à sa clientèle et vous n'aurez pas trop de mal à vous faire comprendre en anglais parmi les habitants vivant directement du tourisme.
Le français a aussi ses adeptes, moins nombreux quand même.
Plus généralement, les mallorquins parlent entre eux en mallorquin, qui est un dialecte (variante locale) du catalan. En effet, un catalanophone vivant à Barcelona, València, Andorra ou Perpignan peut facilement converser avec les natifs de l'île. Il lui suffit de faire abstraction d'un vocabulaire purement insulaire et d'un accent très marqué.

En somme, une situation assez semblable à celle qui existe au sein du français parlé en France, en Belgique, en Suisse ou au Canada.
Ce catalan insulaire est le fait linguistique de tout l'archipel des Baléares (Minorque, Ibissa, etc...), est enseigné dans les écoles, les lycées et l'université autant à l'oral qu'à l'écrit et reste très ancré dans le paysage linguistique de l'île où il est chanté, utilisé dans les écrits de la vie courante (topo-guides !), etc...
Le castillan est également très utilisé et compris par la totalité des habitants de l'île de nationalité espagnole.

 

Comment s'y rendre ?
En bateau, l'île est quotidiennement desservie par plusieurs compagnies de jour comme de nuit au départ de Sète, Barcelona, Valencia, etc...
Une formule intéressante consiste à embarquer vers 23h à Barcelona pour arriver avant 7 heures du matin à Palma de Mallorca, à moins d'1 km du centre ville.
Les compagnies Iscomar, Balearia et Acciona assurent ces liaisons maritimes.
Le retour peut se faire de la même manière, la nuit ou en embarquant vers 10h du matin à Palma de Mallorca sur un bateau rapide qui ne met que 4 heures pour rejoindre Barcelona.


Les compagnies proposent deux types de confort dans les traversées nocturnes : « Camarote » (cabine) à 2 ou 4 avec 2 ou 3 niveaux de confort ou « Butaca » (fauteuil).
Si vous vous y prenez 3-4 mois à l'avance, vous obtiendrez une cabine pour 2 ou 4 à un très bon prix. Sinon, il vous restera le fauteuil ce qui est assez inconfortable pour 8 heures de traversée.

 

En avion, vous atterrirez à quelques km du centre de Palma de Mallorca dont l'aéroport a un des plus importants trafics d'Europe. Quasiment tous les aéroports moyens de l'Europe du Nord desservent Palma de Mallorca.

 

Location de véhicules de tourisme

Il sera quasiment indispensable de vous déplacer en voiture, une fois sur place.
Les grandes enseignes de la location de véhicules de tourisme y sont toutes présentes et proposent des tarifs parfois élevés.
A Palma de Mallorca même, en face du port, à quelques minutes à pied de l'embarcadère des ferrys, les loueurs de voitures sont installés près de l'auditorium de musique. Là aussi, les grandes marques sont présentes. Les entreprises plus petites aussi. Ces dernières peuvent avoir des tarifs plus bas avec des prestations un peu inférieures en terme de confort ou de service mais souvent suffisantes.
Pour quelques euros de plus, certains petits loueurs situés sur le port (Passeig Marítim) peuvent livrer à l'aéroport le véhicule que vous aurez loué à leur bureau en ville par téléphone ou email.

 

Rappelez-vous que si vous venez en bateau, vous pourrez prendre votre propre véhicule, quelle que soit sa taille. Si vous réservez 3-4 mois avant le départ, vous paierez certainement moins cher une traversée en bateau de nuit à l'aller avec 4 couchettes et un retour en bateau rapide qu'un vol avec une location de voiture sur place.
Dans tous les cas, se rendre sur une île par voie maritime a un charme que n'a pas une arrivée en avion. Un vol Barcelona – Palma de Mallorca ne dure même pas 50 minutes. Que de carburant dépensé pour atterrir et décoller !

 

Hébergement
Depuis près de 50 ans, l'île de Mallorca est devenue une destination touristique de masse.
A ce titre, les hébergements du type hôtels ne manquent pas. Ils sont malheureusement majoritairement concentrés près des stations balnéaires de Palma, Alcúdia, Pollença, etc... et donc peu en rapport avec les attentes des randonneurs.


Plus récemment, des refuges ou des hébergements collectifs en dortoirs destinés aux pratiquants des activités de pleine nature ont été mis à leur disposition.
Ils sont situés sur la Serra de Tramuntana à Port de Pollença, Port de Sóller (phare), Déia, Ca S'amitger (à côté de Lluc) et Tossals Verds.
La réservation y est obligatoire car ces unités ne dépassent pas 40 lits. Il est possible d'y obtenir des pensions complètes mais aussi la location de draps et serviettes de bain.
Comptez 40 euros par personne pour la pension complète (petit déjeuner + pic-nic + dîner + nuitée).

Depuis fort longtemps, le sanctuaire de Lluc, au coeur de la Serra de Tramuntana, offre une capacité de plusieurs centaines de places en chambres à 2, 4 ou 6, mais également dans des appartements équipés. Les prix y sont très abordables. La réservation y est obligatoire car le sanctuaire est un lieu très fréquenté, autant par les croyants que par les randonneurs et les touristes en général.

 

S'équiper

Comme partout ailleurs, vous devez, en toute saison, vous équiper des 3 couches habituelles conseillées au randonneur : sous-vêtement respirant en 1° couche, polaire légère ou coupe-vent en 2° couche, protection contre le vent et la pluie en 3° couche.
Il est fort probable que vous n'aillez à utiliser que les deux couches inférieures, mais la 3° couche doit toujours être dans votre sac.


De même, emportez toujours 1,5 à 2 litres d'eau par personne et protégez-vous du soleil avec des lunettes et un chapeau ou une casquette.


Vos chaussures doivent être bien crantées, avec une semelle épaisse afin de limiter la fatigue des pas répétés sur sol dur, irrégulier et parfois chaud en calcaire. La tige doit être suffisamment rigide pour limiter les torsions et assez montante pour protéger les maléoles lors des passages sur terrain caillouteux et a fortiori en lapiaz. Les chaussures de trail sont assez mal venues.
Malgré des temps de marche et des dénivelés peu importants, vos articulations (chevilles, genoux) et vos tendons (achille, genoux) seront très sollicités. Cela constitue toujours une surprise pour qui n'a jamais randonné à Mallorca.


D'autre part, une bonne partie des itinéraires traversant des zones à végétation xérophile donc très piquante ou peuplée du fameux càrrix, il convient de protéger les jambes par des pantalons longs en toile résistante.


Enfin, pour ce qui est de la sécurité, une corde de 6mm par groupe pour réaliser des mains courantes peut être utile, tout comme une lampe de poche par personne qui permettra un retour tardif en automne. Le GPS quant à lui pourra permettre une localisation sur les cartes avec des carroyages adaptés. Mais il ne faudra pas perdre de vue que les reliefs encaissés le rendront aussi peu réceptif que les téléphones satellites pour les secours. Savoir les utiliser est bien, savoir s'en passer peut être utile.